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Quand la Recherche française ne parle plus qu’anglais

Que se passe-t-il lorsque les publications des chercheurs français ne sont qu’exclusivement rédigées en anglais ? Cet article n’est pas le premier sur ce sujet et il ne sera pas le dernier … mais je ne cesse d’être agacé.

Le chercheur qui publie en anglais veut-il n’être lu que par des anglophones ? Veut-il faciliter le travail de ses pairs anglophones ? Veut-il un meilleur scoring (oups, ça c’est un mot anglais) ? Ne peut-il publier qu’en anglais pour avoir les fameux points qui diront l’excellence de son travail ? etc. Vous pouvez en ajouter encore ! Mais, le chercheur ne le fait pas volontairement. Il est poussé à rédiger en anglais, il sait qu’il peut perdre sa place s’il ne publie pas dans les « bonnes » revues qui imposent l’anglais.

Et qu’en est-il des francophones qui voudront lire les résultats de cette recherche ? Pourquoi devons-nous nous pénaliser doublement : écrire dans une langue qui n’est pas la nôtre, et lire dans cette langue ?

A l’inverse, cet état de fait signifie-t-il que les anglophones sont définitivement nuls en langue ? Avez-vous fait l’expérience de parler « anglich » à un anglais ou un américain ? Quelles étaient leurs réactions ? Vous ont-ils compris ? En fait, souvent, ils vous regardent avec de grands yeux et vous demandent quelle langue étrange (ou étrangère) vous parler ?

Quoiqu’il en soit, le français est aussi une langue scientifique, et depuis fort longtemps. Alors un peu de courage politique ! Ce n’est pas aux chercheurs de changer les choses. Malheureusement, ils sont victimes de la situation. Sauf à tous se liguer, rien ne changera. Alors c’est au niveau politique que les responsabilités doivent être prises.

Lorsqu’au VIe siècle, le grec vécut un véritable « naufrage » en Occident (voir Paul Lemerle, Le premier humanisme byzantin, Paris, PUF, 1971), c’est une très grande partie de la culture qui disparut. Depuis quelques siècles, c’est le latin qui a subi le même sort. Toute langue qui se pense universelle n’est pas loin du déclin. Déjà, en Amérique, on parle plus espagnol qu’anglais …

Combien d’oeuvres n’ont-elles pas été sauvées grâce à leurs traductions qui les ont éloignées des bibliothèques en flamme ou déportées. Sur le site de l’Unesco, une rubrique spéciale est dédiée aux langues en danger. Vous pouvez y lire ceci « On estime que, si rien n’est fait, la moitié des quelques 6 000 langues parlées aujourd’hui disparaîtront d’ici la fin du siècle. Avec la disparition de langues … » (lire la suite). La culture est toujours en danger, elle est fragile par essence. Et nous savons aussi qu’un texte écrit dans telle langue est une oeuvre spécifique, laquelle, traduite devient une autre oeuvre spécifique (il faut relire Walter Benjamin, Antoine Berman, Jacques Derrida ou encore Habermas).

Il y a de la place pour toutes les langues. C’est la vraie richesse de notre monde. C’est comme la biodiversité. Il faut que toutes les langues aient leur part et puissent être à l’honneur ! Il faut éviter à tout prix le monsanto linguistique. Apprenons des langues. Exprimons-nous dans le plus de langues possibles. Enrichissons-nous de la diversité. Osons publier en français, et dans d’autres langues. Plaçons l’anglais à égalité avec les autres langues.


La valeur du « non » en Recherche et Développement

Je commence toujours mon cours de « Gestion de l’innovation » en partageant cette conviction avec les étudiants : il est tout aussi intéressant d’arriver à un « no go » qu’à un « go » quand on monte un dossier d’innovation ou de R&D. C’est déconcertant, j’en conviens, car chacun aimerait qu’à l’issue d’un travail rondement mené, on aboutisse à la conclusion : « votre dossier est nickel, on y va ! »

Si, après une étude honnête, on parvient à un « non », cela relance la recherche, cela stimule la créativité pour trouver une meilleure solution. On va chercher à comprendre le refus. Avec un « oui », combien de fois ne s’est on pas arrêté ? Et quand l’innovation sort, elle va être copiée, souvent sans beaucoup d’intelligence …

C’est bien paradoxal, mais un « oui » peut tuer l’innovation ! Dans tous les cas, le oui est un puissant anesthésique pour beaucoup !

N’allez pas croire que je milite pour les rejets en commission, pour les refus de toutes sortes. Il faut des « go ». Et pour qu’il soit de la meilleure facture possible, il leur faut l’humilité des débuts. Après un « go », il en faudra d’autres pour apporter des améliorations, pour écouter les utilisateurs et la concurrence et en tenir compte.

En médecine, la publication des résultats négatifs est encouragée car elle est une source de progrès. Une revue est intégralement dédiée à cette problématique. C’est le Journal of negative result in biomedecine publié par Springer et dont le rédacteur en chef est Bjorn Olsen, de Harvard Medical School.


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